De héros à zéro
Cela fait des mois, voire des années, que je veux écrire ces
mots. Depuis ma première course à laquelle j’ai participé le 23 septembre 2012
à Ottawa, j’ai pris part à 63 courses officielles : de la course à pied de 5 km
au demi-marathon, en passant par des triathlons initiation jusqu’au
demi-Ironman ou des défis de course sur 24h. Chaque épreuve a toujours été un
défi de dépassement de soi.
Dimanche, le 8 juin 2025, j’ai porté un dossard pour la
première fois en plus de 21 mois. C’est la plus longue période que j’ai passée
sans participer à une course, et la raison est simple : je suis redevenu
sédentaire. Je ne suis plus un coureur.
J’ai participé à ma première course en 2012 parce que des
amis m’en avaient parlé, et j’ai voulu essayer. À l’époque, je pesais plus de
450 livres. J’ai adoré l’expérience, mais il m’a tout de même fallu quelques
mois pour véritablement m’investir et effectuer des changements dans ma vie. Je
croyais avoir simplement modifié mes habitudes de vie, mais en réalité, ce
n’était pas aussi simple.
Je pensais que d’avoir changé mon alimentation et intégré
l’activité physique dans mon quotidien règlerait tous mes soucis. Mais
aujourd’hui, je réalise que ce n’est pas ce que j’ai fait. J’ai remplacé une
addiction, la malbouffe et les excès alimentaires, par une autre :
l’entraînement.
Donc en m’entrainant et faisant des courses, tout allait
pour le mieux, mais il est arrivé des petites blessures ici et là qui mon
ralentit et surtout il est arrivé une pandémie (Je ne sais pas si vous vous en
souvenez 😉).
C’est alors que j’ai renoué avec mes anciennes addictions et que je suis
redevenu le sédentaire que j’étais auparavant.
Il y a aussi un autre aspect dont je me suis rendu compte que
je me suis fait du mal. Dans le début de mon processus, j’ai commencé à perdre
du poids et à attirer l’attention. Grâce aux réseaux sociaux, je racontais mes
exploits, mois après mois. Je suis devenu une "saveur du moment", et
j’ai adoré cela. Puis, à un moment donné, mon histoire a cessé d’être
inspirante, car les gens sont passés à autre chose. On ne s’en rend pas compte,
mais de ne plus avoir autant d’attention, on arrive à penser que ça ne donne
rien de le faire.
Cela fait près de trois ou quatre ans que je me bats pour
reprendre la course, mais je n’y parviens pas. Si vous me demandez si j’ai
envie de courir ou de faire du vélo, la réponse est immédiatement oui. Mais mon
corps et ma tête en sont incapable. Ma tête n’arrive pas à comprendre comment
courir 30 secondes en continu peut être si difficile alors qu’il y a moins de
quatre ans, je courais un demi-marathon avec le sourire.
Je n’écris pas ces mots aujourd’hui pour blâmer ceux qui ont
cessé de m’encourager, car il y a encore beaucoup de gens, qui sont près ou
loin de moi, qui croient en moi plus que je ne le fais moi-même.
Je n’écris pas ces mots aujourd’hui pour redevenir une
"saveur du moment".
J’écris ces mots pour exprimer à quel point je suis
malheureux sans la course à pied et le vélo.
Que je suis malheureux de ne pas avoir réussi à garder le
cap.
Que j’ai l’impression d’avoir été un imposteur en montrant
une personne qu’aujourd’hui je ne suis pas.
Ce que je veux, c’est ne plus avoir à me cacher. Car oui, je
suis celui qui a perdu 160 livres et en a repris 120. Je suis celui qui a couru
des demi-Ironman et des demi-marathons et qui, aujourd’hui, peine à courir cinq
minutes en fractionné.
Je veux me libérer, pour de bon, de mon addiction à la
nourriture.
Et mes raisons sont simples : je veux arrêter d’être
essoufflé en mettant mes souliers, je veux vivre vieux et en santé et plus que
tout, je veux incarner ce que je dis à mon fils : que l’important est de donner
son maximum dans tout ce que l’on fait. Et, en ce moment, je ne donne pas mon
effort maximal.
J’avais ce besoin d’écrire ma peine.
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